Mathieu Ceschin (L'Amour est dans le pré) : " j'ai pleuré des dizaines de fois, mais je me suis transformé en loup pour mon fils !"
Ancien agriculteur et candidat dans la saison 15 de L'Amour est dans le pré, Mathieu Ceschin est devenu un papa en solo. GPA, maladie neurodégénérative, naissance d'Ezio... Il nous raconte le long parcours qui lui a permis d'accueillir son fils, et qui a transformé sa vie.
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Papa d'un petit Ezio né en mai dernier après une GPA en Colombie, Mathieu Ceschin est un homme heureux malgré une maladie neurodégénérative diagnostiquée en 2020. Comblé par la naissance de son bébé après des années d'attente, l'ancien agriculteur est transformé et voit la vie en rose comme il le raconte dans le livre "Mon combat pour devenir père" (Ed. Leduc) ! Nous avons échangé avec ce jeune papa à l'énergie hors du commun qui se mobilise pour faire évoluer les mentalités sur la GPA, l'homosexualité, les familles monoparentales et homoparentales.
Vous écrivez dans votre livre que vous avez eu envie à 16 ans de devenir papa quand vous êtes devenu parrain. Pourquoi ?
Mathieu Ceschin. Je savais déjà à l'époque que les garçons m'attiraient, mais je savais aussi que je serais un papa différent, que j'aurai mon enfant à moi, que je l'élèverai et que je l'assumerai quoi qu'il arrive. À l'âge de 27 ans, j'ai failli avoir un enfant avec une associée, mais cela ne s'est finalement pas fait.
Cette envie de paternité va étrangement resurgir quand vous allez vivre une période compliquée au niveau financier...
Mathieu Ceschin. À l'époque, je gérais des restaurants et je gagnais 12 000 euros par mois. Mais du jour au lendemain, je n'ai plus eu que le RSA. Financièrement, c'était très compliqué, mais j'ai été très heureux pendant cette période. Quand on est démuni, on se recentre sur l'essentiel, et j'ai réalisé que l'essentiel n'était pas l'argent, mais la vie, et mon futur enfant.
Vous apprenez en 2020 que vous êtes atteint de la maladie de Cadasil, une maladie neurodégénérative. Pourquoi avoir décidé de mener ce projet malgré tout ?
Mathieu Ceschin. C'est très compliqué, même pour un bulldozer comme moi, d'apprendre que vous avez une maladie et que du jour au lendemain, vous pouvez partir. Mais finalement cette maladie m'a sauvé la vie, parce qu'elle m'a montré ce qu'elle était justement. J'ai été très marqué par les interventions à la télévision d'Olivier Goy qui a la maladie de Charcot. Dans son livre (Invincible : derrière le sourire, le combat d'une vie), il écrit que même s'il ne lui reste que trois ans, il sait qu'il va les vivre à fond et avec plus de relief. C'est exactement ce que je me dis : la vie sera encore plus belle puisque plus intense.
Vous avez ensuite participé à la saison 15 de l'amour est dans le pré où vous rencontrez Alexandre avec qui vous décidez d'avoir un enfant. Vous vous tournez vers l'Ukraine pour avoir recours à une GPA, mais vous y renoncez. Pourquoi ?
Mathieu Ceschin. La GPA est très mercantile dans les pays de l'Est. D'autre part, la guerre en Ukraine a tout compliqué. Mais j'ai un ami qui m'a parlé des pays d'Amérique du Sud où les mères porteuses sont appelées des porteuses de vie. Ils pratiquent une forme de GPA que j'appelle éthique et qui me correspond.
Votre mari est ensuite parti. Pourquoi avoir décidé de continuer l'aventure sans lui ?
Mathieu Ceschin. Alexandre me rassurait par rapport à la maladie et, quand il m'a quitté, je me suis demandé ce que je devais faire. Mais mon neurologue m'a dit qu'on pouvait sélectionner un embryon qui ne serait pas porteur de la maladie. Il m'a conseillé de foncer !
En juin 2023, vous rencontrez pour la première fois Ame, votre porteuse de vie colombienne en vidéo. Comment s'est passé ce premier échange ?
Mathieu Ceschin. L'échange n'a pas été très long, car elle est institutrice en primaire et était entourée d'enfants. Mais nous avons eu immédiatement un très bon feeling et même un fou rire ! Ame a déjà deux enfants. Elle a toujours aimé être enceinte et l'arrivée d'Ezio a ressoudé cette famille. Ses enfants de 9 et 4 ans se sont mis à s'occuper de leur mère comme jamais.
"Mon cœur et mon ventre ont été transpercés"
Comment s'est passé l'accouchement d'Ame ?
Mathieu Ceschin. Nous avons eu un fou rire avec Ame quand elle était en salle de travail. C'est à ce moment-là qu'Ezio a décidé de pointer le bout de son nez. J'ai arrêté de rire dans le millième de seconde qui a suivi et mon cœur et mon ventre ont été transpercés. Karine (Le Marchand) me l'avait dit : "Chez nous, les mamans, l'amour grandit tout doucement au creux de notre ventre pendant neuf mois ; chez vous, les papas, il vous envahit d'un seul coup."
Vous avez quitté seul la maternité avec votre fils : ses premiers jours de vie ont-ils été compliqués ?
Mathieu Ceschin. Le petit était perturbé. Il était resté pendant neuf mois dans le ventre d'une personne qu'il n'entendait plus, ne voyait plus et ne sentait plus. J'ai donc dû surcompenser l'absence d'Ame. Les femmes ont neuf mois pour devenir mères, mais ce n'est pas le cas des hommes. Nous avons vécu en vase clos avec Ezio et je n'ai pas dormi pendant 10 jours. J'avais une mine horrible ! J'ai pleuré des dizaines de fois, mais je me suis transformé en loup pour mon fils !
Qu'est-ce que la paternité vous a apporté ?
Mathieu Ceschin. Je suis transformé et j'ai une patience incroyable. J'ai développé une résistance à toute épreuve parce que je continue mon travail tout en étant seul avec mon fils. J'ai décidé de faire découvrir le monde à Ezio et de lui faire l'école à la maison quand il sera plus grand. Je veux avant tout lui apprendre la vie autrement !