"Je fais un bébé toute seule", Alexandra raconte son expérience de PMA
Alexandra a 38 ans. Séparée depuis dix ans de son ex compagnon et père de son fils, elle désire aujourd'hui agrandir sa famille. Pour cela, elle a choisi de faire un bébé toute seule. A ce stade, elle en est à deux tentatives et deux échecs, mais la prochaine insémination est pour bientôt. Elle nous raconte son choix, son parcours, son espoir.

Les chiffres manquent, mais la réalité témoigne. Trente ans après le célèbre tube de Jean-Jacques Goldman, elle a fait un bébé toute seule, de nombreuses femmes passent la frontière pour se rendre en Espagne, au Danemark ou encore aux Pays-Bas et avoir recours à la PMA (Procréation Médicale Assistée) avec don de sperme. En France, la question continue de diviser. En attendant le projet de loi prévu pour 2019, qui vise à l'ouverture de la PMA aux les femmes seules et homosexuelles en 2019, les femmes célibataires qui désirent un enfant s'envolent pour l'étranger. Un parcours coûteux, parfois éprouvant. Alexandra, 36 ans, est l'une d'entre elles. Nous l'avons interrogée.
"Je n'ai jamais pensé à coucher avec un homme pour tomber enceinte"
J'ai 38 ans, et j'ai un fils de 15 ans. Avec son père, nous avons vécu une jolie histoire d'amour, et puis les choses se sont terminées il y a dix ans déjà. La vie a fait que. Ce n'était pas simple, mais sans doute la bonne décision.
J'ai toujours désiré fonder une famille nombreuse. A l'adolescence, je m'imaginais avec deux ou trois enfants. Mais on ne vit pas toujours le parcours sentimental dont on rêve. Après ma séparation, j'ai fait des rencontres, mais rien de très concluant. Cela n'avait rien à voir avec mon désir de maternité. Je n'ai jamais mis la pression aux hommes, je n'en ai jamais fait une condition sine qua none. Bien sûr, j'ai souvent "prévenu", mais jamais au bout de deux heures. Je faisais simplement part de mes envies, mes projections, en laissant la vie tisser le reste. Je ne voulais pas faire un bébé pour faire un bébé. L'important pour moi était de construire quelque chose et créer des souvenirs avant même d'envisager une grossesse.
Si ces débuts d'histoire n'ont pas fonctionné, c'était simplement parce que je ne m'attachais pas aux hommes, ou réciproquement. Je ne me voyais pas avancer avec eux, vieillir avec eux. Mes rencontres n'ont jamais été guidées par mon souhait, et jamais, non plus, je n'ai pensé à coucher avec un homme pour tomber enceinte.
"J'ai réalisé au fil de mes rencontres amoureuses que je n'avais pas besoin de former un couple pour être bien dans ma vie"
Mon cœur n'est pas fendu. Ne pas trouver l'amour n'est pas déchirant, ne me brise pas, ne me désespère pas. En fait, j'ai réalisé au fil des rendez-vous et des fréquentations que j'étais heureuse toute seule, que je n'avais pas besoin de former un couple pour être bien dans ma vie, et par suite logique, pas forcément besoin de partager la vie d'un homme pour faire un deuxième enfant.
C'est comme ça qu'en 2014, après trois ans à flirter sans tomber amoureuse, je me suis dit : pourquoi ne pas faire un bébé toute seule ? Aujourd'hui, c'est possible. Les démarches ne sont pas des plus simples, notamment parce que ce n'est pas faisable en France, et les miracles ne sont pas toujours des plus cléments avec la nature. Mais l'idée a germé en moi, et je ne voyais pas pourquoi détourner mon attention de ce projet. Il me plaisait, me parlait. Je dois dire que ça collait, parce que ma priorité n'était pas de rencontrer l'amour finalement, mais d'avoir un autre enfant, d'agrandir ma famille. Et puisque l'un et l'autre ne fonctionnent plus toujours de pair, que les mœurs et la médecine évoluent, il m'a paru de plus en plus clair que j'empruntais la bonne voie.
J'ai commencé à en parler autour de moi, mais toujours avec second degré, comme pour tester les réactions de mon entourage. Pour autant, j'étais de plus en plus décidée. Je savais dès lors que les avis négatifs et décourageants entraveraient difficilement mon choix. Parce que mon choix n'est pas un caprice mais un projet de vie comme un autre. En parallèle, j'ai entamé des recherches, j'ai lu, j'ai parcouru des forums. Très vite, je me suis tournée vers l'Espagne et l'IVI - Institut Valencien d'Infertilité - qui affiche le meilleurs taux de réussite en termes de procréation médicalement assistée.
"Si mon fils avait émis le moindre frein, la moindre peur, un malaise quelconque, j'aurais revu ma décision mille fois"
Les mois ont passé, et j'ai envoyé valsé l'humour pour adopter un ton sérieux. J'en ai parlé "pour de vrai". Tous mes proches m'ont soutenue et sans exception. J'ai trouvé ça dingue, parce que je sais bien que beaucoup de personnes se déclarent ouvertes d'esprit mais sont susceptibles d'être rattrapées par une éducation classique et un schéma à l'ancienne. Seul mon cousin m'a questionné : et tu diras quoi à l'enfant ? Son interrogation n'était pas malintentionnée, elle était juste. Moi aussi, je me demandais quel serait mon discours. Comme le reste, ça faisait partie des "préparatifs". Quand l'heure viendra, j'expliquerai à mon enfant que je n'avais pas d'amoureux, que j'avais envie d'avoir un enfant, et que lorsqu'on n'a pas amoureux, il y a des hommes qui aident les mamans, et que "ça fait" une famille sans papa. Il ne faut pas mentir, choisir des mots simples.
Parfois, je me demande si le fait d'avoir déjà un enfant, d'avoir déjà construit une vie de famille durant plusieurs années, assouplit le regard de mes amis. Est-ce que, finalement, mon choix peut paraitre plus conscient parce que j'ai ce bagage derrière moi ? Et que ce bagage accorde à mes mots, mon désir, davantage de sérieux ? C'est possible.
Mon fils a bien accueilli la nouvelle quand je lui en ai parlé. Il était heureux d'imaginer la famille s'agrandir. Evidemment, son avis comptait beaucoup pour moi. S'il avait émis le moindre frein, la moindre peur, un malaise quelconque, j'aurais revu ma décision mille fois et envisagé l'avenir en fonction de lui. Si mon parcours est atypique, le sien le sera aussi. Son petit frère ou sa petite sœur n'aura pas de papa.
"En Espagne, on ne choisit pas le père sur catalogue mais on remplit un questionnaire"
J'ai fait des économies. Il fallait. Une insémination coûte 800 euros et à ça, il faut ajouter préalablement 400 euros de stimulation ovarienne, réalisée en France à chaque tentative. Ainsi, en 2016, prête, j'ai pris contact avec la clinique et obtenu un rendez-vous préliminaire. J'ai vu une gynécologue qui parlait très bien le français. Les équipes parlent plusieurs langues. La clinique accueille beaucoup de nationalités différentes. On a beaucoup discuté. L'échange était plutôt porté sur l'aspect médical que les motivations psy de ma démarche.
Autour de moi, on me demande souvent si je choisis le père sur catalogue. Alors non. Dans les pays nordiques, en effet, c'est comme ça que ça marche, et d'ailleurs, l'identité du père est connue et les enfants peuvent retrouver, à la majorité, leur géniteur. En Espagne, c'est différent. Le don de sperme est anonyme. La clinique "choisit" le meilleur géniteur selon les caractéristiques physiques de la mère. A travers un questionnaire, on nous invite à nous décrire.
"Je ne me sens pas pressée par le temps, je ne sens pas obsédée par mon projet"
J'ai réalisé un premier essai fin 2017 et un deuxième en juillet 2018. A chaque fois, ça se déroule ainsi : une stimulation en France, selon mon cycle, pour booster mon ovulation. Puis, après ça, des prises de sang tous les deux jours, dont les résultats sont à envoyer en Espagne. Dès que la clinique juge que c'est le bon moment, on a 48h pour débarquer.
Mes deux premiers essais se sont soldés en échecs. C'est toujours dur à encaisser. Forcément, ça engendre une grosse déception, mais ça ne marche pas à tous les coups, sinon ça se saurait. Je l'accepte. Je ne me sens pas pressée par le temps, je ne sens pas obsédée par mon projet. Je crois que c'est la clé, quelque part. Certes, il s'agit de forcer la nature, mais je pense qu'il est important de ne pas en faire un drame, de recommencer, de vivre sa vie entre deux tentatives. Je ne veux rien regretter.
"Un enfant peut être heureux partout, quel que soit le modèle familial dans lequel il grandit"
Idéalement, j'aimerais essayer en novembre, ce sera donc la troisième tentative, et j'espère la dernière ! Je ne trouve pas ça compliqué d'attendre, j'ai d'autres projets, une vie professionnelle qui me plait. Je ne veux pas m'empêcher de vivre. J'attends d'économiser davantage. Avec mes amies et ma famille, c'est super, on en parle très librement. Certains de mes proches me proposent même de m'avancer de l'argent. Quant à mon fils, il m'encourage encore et toujours, et sa présence est très importante, elle est même essentielle.
En tout cas, je n'ai pas peur de devenir une mère célibataire, je le suis déjà. Quand je me suis séparée de mon conjoint, mon fils avait 4 ans. J'ai appris à gérer. Il n'y a pas de règles en amour, en famille. Un enfant peut être heureux partout, quel que soit le modèle familial dans lequel il grandit. La base de tout, c'est l'amour, et j'en ai beaucoup à donner.