Masquer le visage de nos enfants en ligne ne suffit pas : les pédocriminels ont des pratiques sordides que vous ne soupçonnez pas

Tous les parents savent qu'il ne faut pas partager des photos de son enfant sur les réseaux sociaux. Mais ils sont loin de s'imaginer ce qu'en font vraiment les prédateurs : la réalité est pire qu'on ne le pense et les risques bien réels.

Masquer le visage de nos enfants en ligne ne suffit pas : les pédocriminels ont des pratiques sordides que vous ne soupçonnez pas
© Campagne CAMELEON

Selon l'Observatoire de la Parentalité et de l'Éducation numérique, 53% des parents français ont déjà partagé du contenu sur leurs enfants sur les réseaux sociaux, et 43% d'entre eux ont commencé à publier dès leur naissance. Un geste courant et plutôt anodin que bon nombre de parents, fiers de leurs enfants, aiment partager à leur entourage, sans y voir le mal. D'ailleurs, certains ont le réflexe de limiter le cercle d'amis, de flouter le visage, d'ajouter des lunettes ou un émoji, de publier une photo de dos pour ne pas trop voir l'enfant... Mais ces bonnes précautions ne suffisent pas. "Les prédateurs sont partout, dans tous les milieux et toutes les classes d'âge, et ils ont le visage de Monsieur tout le monde. Ils peuvent avoir un regard avenant et même dans un cercle clos, ça peut être un oncle, un cousin, le parent d'un copain de l'école...", nous explique Violaine Monmarché, Directrice Générale Adjointe de l'association CAMELEON, qui vient de lancer une campagne choc pour interpeller les parents sur les conséquences, souvent méconnues, du sharenting. 

Dans cette vidéo, une mère de famille distribue des photos de sa fille à des inconnus dans la rue, en leur révélant tous les détails précis de sa vie quotidienne : on y apprend que la fillette prénommée Lya et âgée de 6 ans va à la gym, tous les mercredis à 17 heures, qu'elle a récemment passé ses vacances en famille aux Canaries et qu'elle vient de faire sa rentrée au CP dans l'école "juste à côté", avenue Victor Hugo... Autant d'informations que l'on partage finalement, sans s'en rendre compte, sur Internet. À la fin de la vidéo, ce message s'affiche : "Sans le savoir, c'est ce que vous faites en exposant vos enfants sur les réseaux. Les prédateurs sexuels vous disent merci."

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© Campagne CAMELEON

Une campagne d'affichage vient appuyer cette vidéo. Des hommes, téléphone à la main, sont représentés devant une sortie d'école, des terrains de jeux ou des arrêts de bus... avec le message suivant : "Merci d'exposer votre enfant sur les réseaux. Maintenant, je sais où le trouver. Des millions de prédateurs sexuels font comme moi."

"Est-ce qu'il nous viendrait à l'idée de distribuer des photos de nos enfants à de simples inconnus dans la rue ? Non. Personne ne fait ça. Alors pourquoi le faire sur les réseaux ?" interroge Antoine Colin, directeur de la création, lui-même papa d'une petite fille de 9 ans, qui, après avoir travaillé deux ans sur la campagne d'affichage, ne publie plus du tout de clichés de son enfant  : "c'est autant d'outils qui donnent les moyens aux prédateurs d'agresser nos enfants", nous confie-t-il. En effet, les chiffres sont édifiants : 40% des personnes ayant consulté des contenus pédocriminels en ligne ont par la suite cherché à contacter un enfant.

Et si vous pensiez (comme nous) que le principal risque était de retrouver des photos détournées des enfants à des fins sexuelles, la réalité est bien pire ! "Il y a différents niveaux dans ces contenus de cybercriminalité", nous confie Violaine Monmarché. "On est sur de la torture, de la mort, avec de plus en plus de contenus d'enfants de plus en plus jeunes, notamment la tête d'un bébé que l'on retrouve dans une vidéo de meurtres", déplore la directrice. En outre, on ne parle pas vraiment de sites pédocriminels et il n'y a pas que le darkweb qui est mis en cause : il s'agit là d'une réelle organisation : on estime environ à 2 millions et demi de pédocriminels à travers le monde : "les prédateurs s'entraident de manière sordide, ils se filent des conseils pour réussir à évanouir un enfant, pour s'échanger des techniques d'approche"... 

On est donc bien loin de l'époque où les parents enseignaient à leurs enfants à ne pas parler aux inconnus dans la rue (même s'ils nous proposaient un bonbon). Finalement, c'est le cumul de ces photos partagées sur le net qui permet de dessiner le profil de l'enfant avec des informations précises sur sa localisation, ses hobbies, ses goûts... "Cela ouvre une brèche dangereuse sur le quotidien des enfants que les pédocriminels peuvent exploiter pour s'immiscer dans leur vie et les agresser" explique Violaine. En clair, si on publie des photos de notre enfant fan de motos, un prédateur pourrait facilement l'approcher au bord de la route, casque à la main...